Interview Exclusive avec M.Foued Gueddich, Président de Conect International

Interview Exclusive avec M.Foued Gueddich, Président de Conect International

Mr Foued Gueddich, vous êtes le président de Conect International, mais aussi le Directeur Général de Agricold International et de Sun Antipasti. Pour la Tunisie, l’année 2022 est marquée par une forte hausse des exportations (+ 25%) mais aussi des importations (+ 35%). Comment analysez-vous cette augmentation importante en 2022 par rapport à 2021 ?

 

Si on compare les huit premiers mois de l’année 2022 par rapport aux huit premiers mois de l’année 2021, la forte hausse des exportations, estimée à 24,2%, mais qui est en deçà de la hausse des importations qui est de 10 points supérieure (+ 35% environ), est principalement le fruit d’une augmentation de la hausse des exportations du phosphate et de ses dérivés. On parle d’une hausse de 75% dans ce secteur. Malheureusement je considère que les exportations des biens de consommation et les produits traditionnels que nous exportons, que ce soit en Afrique ou en Europe, n’ont pas enregistré de hausse spectaculaire. La raison principale est dû au fait qu’en termes d’encouragement et de réglementation, il y a de plus en plus d’obstacles et de freins pour l’exportation.

 

De mon point de vue, les exportations, c’est une mentalité. Si on n’a pas une mentalité exportatrice, on ne peut pas développer les exportations. Depuis la Révolution, nous avons assisté à un cataclysme dans le domaine de l’exportation : de nouvelles réglementations ont été faites et expliquent principalement les difficultés rencontrées par les entreprises exportatrices. Par exemple, depuis la Révolution, il faut domicilier la facture export auprès des banques, obligation qui n’existait pas avant. De plus, il faut payer l‘IS (mesure qui a été imposée par la loi de Finance 2019), et les sociétés de commerce international doivent régler la TVA avant de pouvoir la récupérer après coup (loi de Finance 2022). A mon sens, tous ces paramètres sont des freins à l’exportation.

A cela s’ajoute les difficultés dues à notre environnement direct. Par exemple, la situation et le classement du port de Radès qui sont catastrophiques, les nouvelles réglementations douanières et le code des douanes qui désavantagent la position de l’exportateur, ou encore le Foprodex qui permet d’octroyer des subventions pour le secteur agro-alimentaire et de l’artisanat et pour lequel chaque année il faut de plus en plus de documents pour bénéficier des subventions. Tous ces paramètres-là interviennent d’une manière directe à l’augmentation de l’écart entre importations et exportations.

 

Le solde commercial reste toujours négatif, -10 480 MD sur les 8 premiers mois de l’année.

Pouvez-vous nous dire quels sont les secteurs économiques qui sont le plus déficitaires ? Et les plus excédentaires ?

Pour ce qui est des soldes commerciaux, il est évident que les produits énergétiques constituent le secteur le plus déficitaire : malgré la hausse des exportations entre août 2021 et août 2022 de 61%, celle des importations a cru de 90%. En chiffres, toujours sur les huit premiers mois de l’année 2022, cela donne 9 070 millions de dinars d’importations et 3 035 millions de dinars d’exportations, soit un taux de couverture de seulement 30% !

L’autre secteur problématique est l’agriculture et les produits de base. On a enregistré une augmentation des importations de 56% sur la période janvier/août 2022 par rapport à janvier/août 2021, alors que l’augmentation des importations ne s’élève qu’à + 25%, avec un taux de couverture d’environ 40%.

Le secteur le plus excédentaire est celui des produits miniers et phosphates, avec une hausse de 75% des exportations et de 69% des importations. En termes de montants, les exportations s’élèvent à 2 313 millions de dinars, contre 1 500 millions de dinars d’importations, ce qui représente un taux de couverture aux alentours de 150%.

 

 La Tunisie connait depuis plusieurs années un déficit commercial important. Quelles mesures économiques et éventuellement politiques suggérez-vous pour tenter de réduire ce déficit chronique ?

La Tunisie souffre effectivement d’un déficit commercial chronique important, avec un taux de couverture en 2022 record de moins de 70%, 68,2% exactement. C’est une première ! Lors de la dernière décennie, le taux de couverture était compris entre 70% et 75%, c’est la première fois qu’il passe sous le seuil des 70%. La situation devient grave, et je persiste à dire que la solution réside dans l’augmentation du volume des exportations. Il faut à tout prix renforcer l’export, en laissant les gens travailler. Comme je l’ai dit précédemment, l’export c’est une mentalité, l’export c’est l’environnement direct de l’exportateur qui doit s’épanouir, qui doit être encouragé par les politiques.

Malheureusement, la situation actuelle va à l’encontre de l’exportation avec les éléments que nous avons cités : domiciliation d’exportations, difficultés en termes de douane, de logistique, de financement avec des taux élevés pour les exportateurs, de récupération des subventions sur le transport. Il suffit de comparer avec d’autres pays proches, notamment le Maroc ou la Turquie, qui ont une politique d’encouragement des exportations en considérant que c’est l’avenir. Stopper les importations n’est pas la solution car le gendarme du monde, l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), ne permettra pas de faire ça. Nous sommes un pays qui doit savoir et avoir des limites, la Tunisie n’est pas un pays qui peut imposer certaines choses.

Donc, pour continuer d’évoluer dans ce grand village qu’est aujourd’hui le monde, nous devons absolument donner tous les atouts pour faire réussir l’export. Il faut absolument revoir et réviser l’article 52 de la loi de Finance 2022 afin de trouver des solutions pour la logistique, et sortir de la situation de désespoir que vivent actuellement les exportateurs.

 

Pour en venir à Conect International, la mission se rendra début novembre en République Tchèque. Pourquoi avoir choisi ce pays ?

La principale performance économique d’un pays peut être mesurée par son produit intérieur brut (PIB). C’est-à-dire la quantité totale de tous les biens et services vendus dans le pays. Au niveau mondial, le PIB 2021 par habitant s’élevait à 10 365 euros. Le PIB par habitant de la République Tchèque était significativement supérieur, puisqu’il a atteint 22 304 euros par habitant, soit 238,73 milliards d’Euro pour l’ensemble du pays.

La République Tchèque se situe donc actuellement à la 7ème place des grandes économies. Si on calcule cela par habitant en tenant compte de la parité du pouvoir d’achat, la République Tchèque se place en 30ème position dans la liste des pays les plus riches du monde. Le taux d’inflation en République tchèque en 2021 était d’environ 3,84%. Au sein de l’Union Européenne (UE), la moyenne pour la même année était de 2,55%.

Par rapport à la France, les prix des produits de consommation courante sont inférieurs d’environ 29,2%.

 

Quels sont les partenariats économiques qui existent aujourd’hui entre la Tunisie et la République Tchèque ? Et sur lesquels souhaitez-vous mettre l’accent pour renforcer les relations économiques entre nos deux pays ?

Les échanges commerciaux entre la Tunisie et la République Tchèque s’élèvent à 560 millions de dinars, soit une hausse de 31,3% par rapport à 2021, mais demeurent en deçà des attentes et des potentiels. La Tunisie possède de compétences, ce qui lui permet de devenir un partenaire important pour les entreprises tchèques, notamment dans les secteurs de l’agriculture, du tourisme, de l’industrie des composants automobiles, de la technologie verte ou encore des énergies vertes.

 

 

Conect International se rendra du 6 au 8 Novembre à Sofia en Bulgarie. Pouvez-vous nous donner des exemples de partenariats entre la Bulgarie et la Tunisie ? Et d’une manière plus générale, quels sont les objectifs des missions de Conect International en Europe de l’Est ?

La Bulgarie, pays traditionnellement agricole, est aujourd’hui considérablement industrialisée. En effet, le secteur agricole ne représente plus que 3,4% du PIB et emploie 6,6% de la population active (selon les dernières données disponibles de la Banque mondiale). Les principales cultures sont le tournesol, le tabac et le blé. Environ 46% du territoire du pays est considéré comme terre agricole. Selon les données préliminaires de l’Institut National de la Statistique bulgare (INS), en 2021, la production brute du secteur agricole s’élevait à 10,2 milliards de BGN (levs, la monnaie bulgare), les céréales et les oléagineux représentant une part d’environ 60 % (+ 61 % et + 54 % en glissement annuel, respectivement).

L’industrie représente 23% du PIB et emploie 30% de la main-d’œuvre. Elle continue de s’appuyer fortement sur les sous-secteurs manufacturiers (métallurgie, chimie, construction mécanique), dont on estime qu’ils contribuent à 14 % du PIB (Banque mondiale). Cependant, les secteurs les plus dynamiques sont le textile, les produits pharmaceutiques, les produits cosmétiques, la communication mobile et l’industrie du logiciel. Les principales ressources minérales de la Bulgarie comprennent la bauxite, le cuivre, le plomb, le zinc, le charbon, le lignite (lignite) et le minerai de fer.

Le secteur tertiaire a plus que doublé sa contribution à l’économie du pays depuis la fin du système communiste, représentant 60,2% du PIB et employant 63,4% de la population active. Le tourisme est l’un des secteurs à la croissance la plus rapide (contribuant à 3,1 % du PIB avant la pandémie). Selon les derniers chiffres de la Fédération bancaire européenne, 24 banques opèrent en Bulgarie, dont six sont des succursales de banques étrangères. Les cinq premières banques détenaient environ 66,6 % de tous les actifs ; les banques nationales détenant une part de marché de 22,4 % contre 71,5 % des filiales de l’UE.

Le volume des échanges commerciaux entre la Tunisie et la Bulgarie vient au 8ème rang sur les 28 pays de l’UE, et la Tunisie est le 4ème partenaire commercial de la Bulgarie en Afrique. La balance commerciale entre la Tunisie et la Bulgarie affiche un large déficit au détriment de la partie tunisienne, avec un taux de couverture très faible de l’ordre de 7.6%. Malgré le creusement du déficit commercial au détriment de la Tunisie, le commerce extérieur bilatéral s’est multiplié par 3,5 durant les neuf premiers mois de 2019 atteignant près de 760 MD soit l’équivalant de 233 millions d’euros. La Bulgarie fournit principalement la Tunisie en hydrocarbures (90%), et céréales, la Tunisie exporte de son côté des déchets de cuivre, des engrais et du sel.

Comme vous le voyez, la Bulgarie est un partenaire économique important pour la Tunisie, ce qui explique la prochaine visite de la délégation de Conect International à Sofia. Et plus généralement, les pays de l’Est de l’Europe constituent des relations économiques majeures pour notre pays.

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