Exclusif : Moez El Joudi, Guerre Russo-Ukrainienne, Répercussions Désastreuses sur l’Economie…

Exclusif : Moez El Joudi, Guerre Russo-Ukrainienne, Répercussions Désastreuses sur l’Economie…

Dr Moez JOUDI, vous êtes expert en économie de renommée internationale, pouvez-vous nous éclairer sur les conséquences économiques de l’attaque militaire russe en Ukraine.
Tout d’abord, c’est loin d’être une simple attaque militaire ! C’est bien une guerre en bonne et du forme qui s’installe dans une région importante en termes de position géostratégique et de richesses minières et agricoles. Le monde entier sera atteint par cette guerre d’une manière ou d’une autre. Déjà aux niveaux de l’instabilité sécuritaire et du climat de guerre qui s’installent en Europe et en Russie, ce qui aura des répercussions directes sur d’autres pays reliés à ces deux grandes entités géographiques. Ensuite, aux niveaux des échanges, du commerce et des transactions économiques et financières à l’international. Déjà le prix de gaz a flambé et les prix d’autres matières et minerais produits en Russie et en Ukraine sont en train de suivre avec aussi bien des problématiques de coûts mais aussi de disponibilité et de logistique.     

Au-delà de la géopolitique, estimez-vous que cette guerre constitue un évènement majeur économique mondial, au même titre par exemple que les krachs pétroliers ?
Oui certainement eu égard des richesses et du niveau de développement des parties qui sont en conflits aujourd’hui. L’Europe souffrira beaucoup de cette guerre et aura du mal à supporter le manque d’approvisionnement en gaz russe mais aussi en céréales et en blé ukrainien. Sans oublier le titane pour l’industrie aéronautique ainsi que d’autres minerais et denrées. Par ailleurs, beaucoup d’entreprises européennes mais aussi américaines et internationales opèrent en Russie et génèrent beaucoup de profits dans la région.
Cette guerre vient en fin de la pandémie du Covid et aura tendance certainement à retarder la relance économique mondiale et à faire perdurer la crise qui a résulté de la situation sanitaire ces deux dernières années.     

La Russie est l’un des principaux exportateurs de gaz,  notamment pour l’Europe. Estimez-vous que les pays européens vont se retrouver dans une situation énergétique difficile si la Russie décide de stopper ses exportations de gaz ?
C’est vraiment le cas aujourd’hui ! La Russie possède la première réserve mondiale de gaz, elle est le premier fournisseur de l’Europe et lui fournit 35% à 40% de ses besoins estimés à 450 milliards de m3/an ! Jusqu’à 2011, 80% du gaz russe destiné à l’Union Européenne transitait par l’Ukraine. En 2012, la Russie installe le Nord Stream : un gazoduc de 1200 km dans la mer baltique qui arrive directement en Allemagne avec une capacité de 55 milliards de m3/an. Suivra en 2018 la réalisation du deuxième gazoduc le Nord Stream 2 qui emprunte le même parcours que le premier et qui double les capacités d’approvisionnement de l’Europe en gaz russe. Le conflit actuel a causé déjà le report de la mise en service de Nord Stream 2. Du coup, le prix du gaz en Europe a déjà bondi de 50% et le pire est à craindre avec en même temps un baril de pétrole qui passe la barre des 100 Dollars ! Les conséquences sur le marché des énergies et sur l’approvisionnement de l’Europe peuvent être désastreuses à court-moyen terme !    

Pensez-vous que les pays européens peuvent réellement faire pression sur la Russie en imposant des sanctions économiques sur la Russie ?
Les pays européens ne risquent-ils pas de tomber dans leur propre piège avec des sanctions économiques russes prises en contrepartie ?
Les sanctions ont déjà commencé et les dommages collatéraux peuvent s’avérer lourds ! Il y a bien une dépendance européenne envers le gaz russe outre envers les autres minerais et denrées. Idem pour la Russie qui gagne beaucoup de l’Europe et qui vient d’investir 10 milliards de dollars dans le projet Nord Stream 2 ! Une grande enveloppe qui risque de partir en fumée !
Les sanctions économiques des deux côtés vont avoir des répercussions directes  sur la relance économique post-covid et impacteront certainement l’activité mondiale.  

Les exportations Ukrainienne vers la Tunisie en 2020 se sont élevées à 414,8 millions de dollars soit 14,4%, quel risque sur l’approvisionnement du blé et de son prix ?…la Tunisie sera elle lourdement impactée ?

La Tunisie s’approvisionne en céréales essentiellement de l’Ukraine et de la Russie. Les stocks nationaux sont au plus bas aujourd’hui et les caisses de l’Etat sont vides ! Chaque mois, l’Etat tunisien peine à réunir et à verser les salaires du secteur public, et les crédits extérieurs sont bloqués jusqu’à l’aboutissement d’un nouvel accord avec le FMI qui tarde à venir. Les autorités locales auraient dû approfondir leur lecture des événements et anticiper le déclenchement du conflit en accélérant les commandes et les approvisionnements, et en constituant des stocks stratégiques ! Hélas, trop de lenteurs et d’inertie dans ce pays, et un manque d’anticipation terrible !
  
Selon vous, quelles sont les solutions adéquates pour faire face à cette situation de crise ?
Aujourd’hui, il faut travailler sur une stabilité politique durable afin de pouvoir réaliser les réformes et retrouver la confiance et les financements des bailleurs de fonds. L’ambigüité actuelle, le manque de communication au niveau du gouvernement, l’absence de vision, de stratégie, d’investissements public et privé…la lourdeur de l’administration et son manque d’efficience, les handicaps au niveau logistique et la persistance de l’économie parallèle accentuent la perte de confiance au niveau des opérateurs et entravent toute possibilité de sauvetage et de relance ! Les solutions résident dans le retour de la confiance à travers une stabilité politique, une vision tracée, des stratégies et des plans d’action déployés en termes de réformes notamment de l’administration, des entreprises publiques, de la compensation, de la fiscalité…Pas besoin de s’étaler là-dessus, on sait bien qu’est ce qu’il faut faire au juste ! Il faut aussi et surtout revaloriser le travail, cesser de diaboliser les chefs d’entreprises, inciter à l’investissement et à la production nationale, croire dans le potentiel du pays et AVANCER !   

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