Interview Exclusive : María Arena

Interview Exclusive : María Arena

Quels sont les défis majeurs sous la présidence Française ?

Il me semble que le premier défi de cette présidence est d’être une réelle présidence Européenne dans l’intérêt de tous les européens et non pas un faire-valoir pour un candidat à une élection nationale et donc avec des préoccupations nationales…

Cela étant dit il y a beaucoup d’attentes sous cette présidence d’une part parce qu’elle est tenue par un pays fondateur qui connait bien les rouages européens et d’autre part parce qu’il s’agit d’un pays qui affirme clairement son soutien au projet politique européen.

Par ailleurs tant le contexte de la pandémie Covid 19 que les défis globaux tels que la soutenabilité de notre modèle sur un plan environnemental et social ou encore la compétition entre autoritarisme et modèle démocratique fondé sur les droits de l’homme ; sont de nature à mettre en tension notre modèle interne et nos relations extérieures.

Ainsi si je devais choisir quelques priorités pour cette présidence sans aucun doute je placerais la question de la Santé en première position pour garantir une sortie de crise sanitaire la plus rapide possible pas uniquement au niveau EU mais au niveau mondial. À ce titre les intentions de la présidence française sont essentiellement axées sur la production de vaccins suffisante pour satisfaire les besoins européens et s’en remet au système covax pour la solidarité avec les pays tiers. Hors on sait que Covax n’est pas suffisant et qu’une levée exceptionnelle de la propriété intellectuelle sur les vaccins et une aide à la production permettraient d’être plus efficace pour garantir la couverture vaccinale mondiale.

Une seconde priorité pour moi serait le respect des droits fondamentaux et de l’État de droit par tous les États membres et là encore on remarque une timidité de la présidence française qui ne veut blesser personne car elle aura besoin du soutien de ces mêmes pays réfractaires comme la Hongrie ou la Pologne pour d’autres dossiers comme la défense du nucléaire sur la question Climat !  Pour moi cette question des droits fondamentaux n’est pas négociable.

Une troisième priorité serait la question de la migration. Depuis 2015 ce dossier patine et on pourrait attendre d’un pays comme la France qu’elle prenne le lead d’une coopération renforcée pour aboutir à un pacte migratoire digne de ce nom c’est à dire qui respecte les conventions internationales en matière de droits d’asile, qui garantisse des procédures claires de traitement par tous les EM, qui organise la solidarité entre pays d’entrée et pays d’installation par la suppression de Dublin, qui ouvre des voies migratoires légales…Dans la déclaration de la présidence aucune référence n’est faites à ces principes mais par contre elle s’attachera à renforcer la protection des frontières, à prévenir les mouvements internes et à promouvoir les politiques de retour ainsi que de les partenariats de réadmission. Donc rien ne change la France opte pour la défense de l’Europe forteresse alors qu’on sait très bien qu’il s’agit d’une politique qui ne fonctionne pas et qui ne fait que renforcer le sentiment anti migrants…

Enfin sur la politique étrangère je regrette qu’a aucun moment il ne soit fait référence à la question de Droits de l’Homme dans nos relations avec les pays tiers. Pire il n’est fait référence à la lutte contre l’impunité uniquement quand des attaques sont faites à l’égard de travailleurs humanitaires…

Ce qui me permet de répondre à votre seconde question ? Malheureusement à la lecture du document rien n’indique que les questions des droits de l’homme soit une priorité pour la présidence française. Alors que le partenariat avec la Chine est évoqué rien ne parle de la situation du travail forcé, avec la Turquie rien ne parle de la dérive autoritaire du président et sur la Russie aucune allusion à la question des Droits humains. Il est fait référence dans le volet commerce à la question de la Responsabilité des entreprises en matière de droits sociaux et environnementaux mais aucun engagement n’est pris ni en terme de calendrier ni en terme de contenu.

Sur le partenariat du voisinage sud la déclaration est assez faible mais ce qui apparait c’est que la priorité sera donnée au sommet UE/Afrique (s’entend subsaharienne) mais là aussi avec une approche très euro centrée à savoir comment garantir les intérêts européens alors que l’on sait que cette approche a eu des effets non désirés sur les populations locales qu’il serait nécessaire de corriger pour réellement nous inscrire dans un partenariat gagnant/gagnant pour tous les citoyens et pas uniquement pour le business « Afro européens ».

Enfin pour votre dernière question sur la situation Tunisienne. Je déplore le fait que l’instance parlementaire tunisienne ait été suspendue. J’entends les constats qui ont été faits par le président sur une institution où la corruption serait généralisée mais il me semble que ce n’est pas en faisant disparaitre l’institution qu’on règle le problème. Un seul homme ne peut concentrer tous les pouvoir (exécutif, législatif et judiciaire). C’est l’équilibre de ces pouvoirs auxquels j’ajoute la liberté d’expression qui est la garantie de la démocratie dans un pays et on en est loin aujourd’hui en Tunisie.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

0
    0
    COMMANDEZ-LE DÈS AUJOURD'HUI
    Your cart is emptyReturn to Shop