Emna Drissi

Emna Drissi

1 – Est-ce que les investisseurs sont aujourd’hui réticents à injecter de l’argent pour les PME à cause de la crise économique ?

Une étude faire par l’APII (Agence de Promotion de l’Industrie et de l’innovation) démontre que parmi les projets d’entreprise déposés à l’APII entre 2005 et 2015, 7000 n’ont pas pu voir le jour.
Ceci étant essentiellement dû à un problème de financements. Sachant que la décennie en question était économiquement plus stable qu’aujourd’hui. Nous sommes dans une situation bien moins favorable qu’à l’époque, de par l’instabilité politique, la crise économique et par-dessus le marché, la crise sanitaire. Donc oui, il existe bien une réticence considérable des investisseurs.

2 – En particulier, est-ce que les sanctions pénales lourdes liées aux chèques sans provisions, constituent un frein à l’investissement ?

Comme indiqué précédemment, l’accès aux financements des projets est très limité en Tunisie. Les rares sources de financements exigent de la part des porteurs de projets (notamment les nouveaux entrepreneurs) des conditions de garantie conséquentes, comme une garantie réelle par exemple. Une bonne partie des entrepreneurs courageux, qui arrivent à mettre sur pied un projet avec des moyens limités ne se voient pas pérenniser leur entreprise par manque de moyens. Nous avons un taux de mortalité des entreprises des plus élevés dans le monde, s’élevant à environ 40% selon l’étude de l’APII.

Le manque de moyen des entrepreneurs, essentiellement commerciaux, les pousse à miser sur le crédit fournisseurs, ce qui rend l’environnement de la pérennité de l’entreprise très fragile. C’est d’autant plus risqué, que les fournisseurs exigent des paiements de chèques à terme, vu le caractère pénal des impayés. Il s’agit d’une exigence qui plus est, illégale, qui permet d’exercer un moyen de pression sur les émetteurs, mais qui constitue une garantie solide de par son caractère pénal.

Cet environnement peu favorable à la pérennité des entreprises, ajoutant à cela un risque pénal quasi-inévitable, décourage un nombre non négligeable des éventuels nouveaux entrepreneurs et investisseurs potentiels.

3 – Compte tenu de la menace qui place sur les investisseurs qui font des chèques sans provisions, est-ce que l’Etat ne pourrait pas se porter garant des transactions pour le bien de l’économie tunisienne ?


L’Etat est déjà démissionnaire de son rôle de promoteur et d’incitateur au développement des entreprises. Lors de la crise sanitaire par exemple, qui est un événement inédit dont la responsabilité incombe essentiellement à l’Etat, sur un tissu économique de 750 000 entreprises tunisiennes environ, seulement 1000 d’entre elles ont pu avoir une aide financière bancaire dont l’Etat s’est porté garant. C’est donc illusoire et utopique de s’attendre à ce que l’Etat porte un intérêt à cette problématique.

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