L’ Ex-Ministre de la Santé : Dr. Sonia Ben Cheikh

L’ Ex-Ministre de la Santé : Dr. Sonia Ben Cheikh

Dr. Sonia Ben Cheikh spécialisée en médecine préventive et communautaire Inspecteur général de la santé 

Epidémie de la Covid-19 : des origines au présent d’une crise pas comme les autres

Bonjour Docteur Sonia Ben Cheikh, vous êtes Docteur et ex-Ministre de la Santé, nous allons vous interroger sur l’épidémie de COVID 19, des origines au présent d’une crise pas comme les autres, une crise qui a surtout lourdement impacté et affaibli le secteur économique et sanitaire.

On commence tout de suite par la première question : Docteur Sonia Ben Cheikh, dans quelle circonstance avez-vous appris pour la première fois l’existence de ce nouveau virus ?

Tout d’abord merci beaucoup pour votre invitation. Avant de répondre à votre question, permettez-moi de me présenter en quelques mots. J’étais à la tête du Ministère de la Santé Publique entre 2017 et 2018. J’ai aussi gardé cette fonction de ministre intérimaire de la Santé Publique entre 2019 et 2020 car je suis devenu aussi Ministre de la Jeunesse et des Sports de 2018 à 2020.

Pour répondre maintenant à votre question, c’était exactement fin novembre 2019 où nous avons eu l’information de l’OMS comme quoi il y avait des cas de pneumonie dont on ne connaissait pas l’origine, mais dont le nombre de cas augmentait de plus en plus en Chine. Grâce à notre Observatoire National des maladies nouvelles et émergentes qui a été mis en place en 2009, nous avons surveillé et contrôlé ce qui se passait en matière de pathologies internationales, notamment les maladies émergentes.

Début décembre on a tiré la sonnette d’alarme, on est resté très vigilant à surveiller ce qui se passait dans les nations qui signalaient ces pneumonies. Le 9 janvier, l’OMS nous a contactés pour nous dire que ces pneumonies étaient provoquées par un nouveau virus, le SARS COV-2 qui entrainait la maladie COVID-19. Et au ministère de la santé, quand nous avons su l’information, nous avons constitué des groupes de suivi qui ont complété le travail de l’Observatoire National, et des propositions ont été effectuées à la Commission COVID 19 pour que le gouvernement prenne les bonnes décisions.

A quel moment avez-vous compris la gravité de la situation ?

Fin novembre début décembre, nous avons compris que ce nouveau virus était quelque-chose d’assez sérieux. Quand l’OMS vous informe d’un nombre important de cas qui se propagent à une vitesse grand V, et que ce virus est inconnu, c’est que la situation peut devenir potentiellement grave.

A cette époque, nous surveillions surtout l’évolution de la grippe saisonnière, avec l’établissement d’un bulletin épidémiologique, en lien avec la surveillance internationale effectuée par l’OMS. On commence à travailler sur la grippe bien avant le mois d’août et jusqu’au mois de mars, donc l’apparition du COVID-19 est intervenue en plein travail sur la grippe saisonnière. Et dès que nous avons su que c’était sérieux, on a tiré la sonnette d’alarme.

Très bien, passons maintenant à la deuxième question. Côté Chine, quelles relations avez-vous entretenu avec l’ambassadeur de Tunisie en Chine ? Vous-a-t-il donné des conseils pour gérer cette épidémie et a-t-il été facilitateur pour la livraison de matériel médical chinois en Tunisie, sachant que la Chine n’avait pas été totalement transparente au début de l’épidémie.

Il y a plusieurs parties dans votre question. Je vais commencer par la coopération bilatérale qui nous lie avec la Chine depuis des années, cette coopération n’est pas nouvelle. Je vais parler de la période où j’ai exercé en tant que ministre, c’est-à-dire entre 2017 et février 2020. C’est une coopération qui honore les deux pays parce que nous avons beaucoup travaillé ensemble. Les chinois sont assurément des hommes de parole : quand ils promettent quelque-chose, ils le réalisent ! D’ailleurs en matière dejeunesse et des sports, pour compléter le centre culturel et sportif situé à El-Menzah 6, nous avons trouvé un accord avec la Chine pour financer un nouveau centre culturel pour jeunes à Ben Arous. Le projet est en cours de construction et dans une phase très avancée pour avoir un plus grand centre culturel que celui de d’El Menzah 6.

Dans notre vision stratégique pour la jeunesse, nous avons voulu créer des stades de mini foot dans tous les quartiers de la Tunisie. Nous avons identifié environ 200 salles de mini foot au niveau des quartiers. Nous avons commencé avec ceux de Ben Arous, toujours avec un don chinois, et aussi dans la région de Mohamedia. Dans le domaine de la santé, comme tout le monde le sait, il y a l’hôpital chinois de Sfax. Nous avons eu aussi un autre accord de don pour l’équipement lourd de tout cet hôpital pour un montant de plus de 60 millions de dinars. Nous avons reçu aussi un accord pour une 2ème extension de cet hôpital afin de créer un pôle chirurgical juste derrière la bâtisse de l’hôpital actuel. Enfin, nous avons eu aussi l’accord pour des études de faisabilité de mise en place de la plus grande cité de la jeunesse et des sports de Sfax.

De mon côté, étant donné que j’étais la directrice générale de la coopération internationale et technique du Ministère de la Santé, j’ai eu l’occasion de travailler avec la partie chinoise et sincèrement, je ne peux que saluer cette coopération, et j’espère qu’elle continuera encore à se développer dans les années futures. Quand les chinois trouvent des responsables qui ont une vision stratégique d’un pays comme la Tunisie, ces partenariats les intéressent et deviennent des partenariats « gagnant/gagnant ». D’un point de vue personnel, je ne peux que les saluer.

Par rapport au matériel et à l’équipement médical, avant que je ne quitte le ministère fin février, j’étais en visite à Addis-Abeba en Ethiopie dans le cadre de l’Union Africaine. Nous avons demandé à la Chine qu’une partie des dons soit redistribuée aux pays de l’Afrique. Quand j’ai quitté le ministère, tout le monde a su qu’à travers l’Union Africaine des dons chinois pour les pays africains ont été effectués. Quand j’ai quitté le ministère, nous étions à zéro cas de COVID-19, et je sais que Mr le Ministre Dr Abdeltif Makki a continué sur la même lancée en matière de coopération avec la Chine.

Concernant la déclaration des chiffres réels du nombre de cas, il y a eu plusieurs enquêtes ouvertes du côté de l’Organisation Mondiale de la Santé. Du côté des Etats-Unis, de nombreux hommes politiques américains ont attaqué les chinois parce qu’ils estimaient que la Chine était l’épicentre de l’épidémie. Certes, le pays d’origine est la Chine, sauf que ces enquêtes sont en cours et à aucun moment, même les résultats préliminaires (toujours à ma connaissance) n’ont pas impliqué directement la Chine pour la non déclaration des chiffres ou la non-gravité de la maladie. Il s’agit d’un virus nouveau, c’est une maladie nouvelle et le monde entier, que ce soit des pays développés ou voie de développement, ont découvert la pathologie en même temps. Ils ont découvert les procédures en même temps et le traitement en même temps. Même la vaccination avec quelques décalages en fonction bien évidemment du niveau du développement et des circonstances économiques de chaque pays, nous voyons donc que cette situation inédite a frappé tous les pays avec la même stupeur.

Quant à l’ambassadeur de Tunisie en Chine, quel rôle a-t-il joué à ce moment-là ?

Un rôle très important. D’ailleurs, je salue son Excellence Dhia KHALED. Il nous a été d’une aide énorme, je me rappelle depuis le jour où nous avons su qu’il y avait des cas en Chine, j’étais en contact permanent avec lui à travers une unité mise en place avec le ministère des affaires étrangères, mais aussi à travers les réseaux sociaux, à travers whatsapp… Nous assistions ensemble à la commission COVID 19 mise en place à l’époque, nous avons coordonné aussi un travail de 24/24 pour que nos concitoyens qui étaient à Wuhan puissent rentrer dans de très bonnes conditions en Tunisie. En outre, à travers Monsieur l’ambassadeur, nous avons suivi l’information au jour le jour et nous avons commencé à avoir des informations sur l’évolution de la pathologie de la COVID 19 à Wuhan, à Pékin. Chaque information était de l’or, car justement c’était une maladie nouvelle et son excellence l’ambassadeur était toujours présent et dès qu’on nous annonçait des cas. Lorsqu’il y avait des cas recensés dans un pays, on prenait contact directement avec les ambassadeurs de ces pays en question, et l’ambassadeur Dhia KHALED était exceptionnel.

Interview transcrite à partir d’une interview audio enregistrée

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